Kilimandjaro – Day 6 – Ascension finale

Vendredi 9 aout 2013
23h, Paulo vient nous réveiller. J’ai réussi à dormir deux ou trois heures. Le temps de me préparer les nausées me reprennent. Le peu qu’il me reste dans le ventre ressort très vite. Je suis obligée de faire l’impasse sur le petit déjeuner et les si bonnes crêpes. Je ne suis pas en pleine confiance. Je sais que ce n’est pas bon de partir le ventre vide pour une ascension de 6H dans ces conditions climatiques et d’altitude. Mais je n’ai pas le choix.



Sur les premiers mètres de marche, j’en informe Abeid qui me dit de puiser dans mes réserves. En contre partie je n’ai plus la nausée et je n’ai toujours pas de mal de tête, c’est une bonne chose. J’attends donc la première pause pour pouvoir m’alimenter en sucre en espérant que la faim revienne d’ici là. Je suis un peu obnubilée par ce manque de carburant et j’espère que cela ne me coûtera pas le sommet.
Nous sommes dans les premiers à avoir pris la route. Les lampes frontales vissées sur nos têtes, nous progressons dans la nuit noire en file indienne. C’est magnifique de voir ces centaines de lampes gravir la montagne.
2h45, 5200m d’altitude, première pause. Nous sommes tous surpris, ces trois premières heures sont passées si vite. La faim n’est toujours pas là. Je décide tout de même de manger. Du sucre principalement, Abeid ouvre une bouteille de soda et m’en tend une tasse. Les pauses sont courtes. Cinq minutes maximum. L’air est froid, nous nous refroidissons vite.

Nous reprenons la route. Mes doigts sont congelés dans mes moufles de ski. Abeid nous a dit durant le brieffing que les températures les plus froides sont entre 4 et 6h du matin. Je le ressens, des frissons me traversent le dos malgré mes cinq couches. Paradoxalement mes mains commencent à se réchauffer, ce qui entraine une douleur insoutenable dans les 10 doigts. Je suis obligées de m’arrêter tellement la douleur est forte. Je connais cette douleur de réchauffement des extrémités dans les chaussures de ski mais j’ai l’impression que c’est puissance 10 à ce moment là. Je sais que la seule chose à faire est d’attendre que tous les doigts se réchauffent mais l’un des porteurs qui nous accompagne ne m’en donne pas le temps. Il me ramène dans le rang très vite. Je suis un peu frustrée d’autant de précipitation mais il est vrai que le froid m’engourdirait vite si je restais là assise sur ma pierre.
4h30, 5400m, seconde pause. Mes mains sont réchauffées, je n’ai plus aucune douleur mais j’ai un peu froid sur moi. Abeid me ressert du soda et me donne un snykers congelé par le froid. Puis nous repartons, déjà.
Nous nous remettons en marche comme de bons petits soldats. Il nous reste 300m de dénivelé pour atteindre Stella Point. Je dois malheureusement m’arrêter avant ça. Je suis à bout de souffle. Je dois reprendre de l’air. Ouissef, le porteur qui m’accompagne, comprend vite que j’ai besoin d’une pause pour reprendre de l’oxygène mais me pousse à reprendre la marche. Plus je monte plus une douleur pulmonaire me transperce. J’ai besoin de m’arrêter de plus en plus souvent. Ouissef ne me pousse plus à reprendre ma place dans le groupe.
Je commence à percevoir à l’horizon le soleil qui se lève. A chaque arrêt que je fais pour reprendre de l’air en essayant d’ouvrir au mieux ma cage thoracique, j’admire ce levé de soleil sur la mer de nuages qui s’avance aux pieds du Kibo. Je ne boude pas mon plaisir. Cette douleur qui me cisaille les poumons en deux se fait de plus en plus brulante à chacun de mes pas. Ouissef me pose son manteau sur mes épaules pour me réchauffer.

J’arrive à Stella Point tant bien que mal. Lucide, aucun maux de tête ni nausées, mais avec la moitié des poumons en feu. Je vois tout le groupe autour de moi en plus ou moins bonne forme. Je tremble de froid. Abeid commence à essayer de me réchauffer puis deux porteurs me prennent chacun une main pour les frottées, Abeid me demande d’enfiler une grosse doudoune au dessus de mes cinq couches et glisse une couverture de survie entre mon blouson et ma polaire. Les voyant tous les trois s’afférer autour de moi alors qu’ils ne sont que quatre pour nous huit, ½ seconde la peur me prend. Et je me remémore le briefing de la veille, et la confiance que m’inspirait Abeid. Je sais que je suis entre de bonnes mains et je les regarde faire.
Abeid finit par me demander de lui souffler dans l’oreille, me glisse une pilule dans la bouche et me redonne une tasse de soda. Il me dit que ce n’est pas un œdème pulmonaire, que c’est un méchant coup de froid et que je retrouverai mes poumons en redescendant. En attendant on continue, il reste 100m de dénivelé pour arriver à Uhuru peak 5895m.
Ils voient que je souris, que je suis lucide et qu’à part cette douleur tout va bien. Je me redersse sur mes deux jambes et me remets en route.
La douleur n’a jamais été aussi virulente. Chaque pas résonne dans mes poumons. Ouissef et Abeid sont là pour me soutenir, pole pole, mais cinq pas suffisent à m’essouffler comme un 10km. Je monte ainsi en une demi heure ou une heure, je n’ai plus aucune notion du temps, jusqu’au sommet du Kilimandjaro.
5895M, congratulation !!!!
La douleur ne m’empêche pas de prendre quelques photos et de ramasser un échantillon de terre pour ma collection.
Le cratère, les glaciers, les neiges du Kilimandjaro autour de moi, les nuages recouvrant l’Afrique, je réalise enfin où je suis.
Assise sur cette pierre je contemple le panorama. Le peu d’air qui rentre par ma bouche me brûle les poumons. Cela fait un mal de chien.

Un quart d’heure plus tard nous devons déjà quitter le sommet. Nous rebroussons chemin. Le soleil vient réchauffer mes poumons. Les pauses sont encore fréquentes mais moins nombreuses qu’à la montée. Revenus à Stella point je me réalimente pour les 2h de descente qui nous attendent. Le groupe est déjà parti. Je reste avec Abeid et Ouissef. Plus soleil se lève, plus nous descendons, moins mes poumons me font souffrir, la douleur devient plus supportable. Je reste néanmoins très essoufflée, comme si mes poumons étaient ceux d’un enfant de deux ans.
Au bout d’une heure plusieurs membres de l’équipe d’Abeid viennent à notre rencontre. Ils me remontent mes bâtons que j’avais laissé je ne sais où lors de l’ascension. A chacune de nos pauses, ils nous servent à Abeid et moi une tasse de soda. J’en profite durant ces pauses pour discuter de la vie en Tanzanie avec Abeid puis je repends la descente.
Un porteur devant moi me trace le chemin puis tous les autres restent derrière moi en faisant bien attention de ne pas me dépasser pour me permettre d’aller à mon rythme. Nous redescendons ainsi jusqu’à Barafu camp. Je suis toujours aussi essoufflée mais la douleur est moins prenante.
Arrivés au campement, les porteurs me félicitent. Abeid me préconise de m’allonger au chaud avant le déjeuner et me fait préparer une tasse de lait de chèvre chaud. Il m’assure que tout ira bien demain, que c’était juste un méchant coup de froid.
Après le déjeuner nous reprenons déjà le chemin des sentiers pour rejoindre Mweka camp. 1200m de dénivelé plus bas. Je suis un peu à la traine, je n’aime pas ça. Même si la douleur s’estompe, j’ai du mal à retrouver mon souffle. Je mettrai finalement vingt minutes de plus que le groupe pour rejoindre le campement, mais peu importe. Je suis contente d’être arrivée. La journée a été longue. Levée 23h, 13h de marche.

Au delà de la douleur et de la fatigue, ce fut une journée exceptionnelle humainement, émotionnellement, physiquement, mentalement et surtout panoramiquement.

Mweka camp 3100m

2 thoughts on “Kilimandjaro – Day 6 – Ascension finale

Laisser un commentaire