48025 – NYC Marathon

12 Semaines d'entrainement

Il est 9h, je suis assise dans le salon de la guest house. Le marathon est dans trois jours. Le moment tant attendu est bientôt arrivé. Douze semaines d’entrainement sans blessures. Huit mois entre le tirage au sort et mes larmes de joie d’être tirée au sort dès ma première participation et aujord’hui. Même si cela ne m’avait jamais traversé l’esprit avant de m’inscrire, faire le marathon de New York me parait être une évidence aujourd’hui. Une certaine continuité.

Maintenant dans ce fauteuil, je tente d’organiser ces trois derniers jours entre appréhension et impatience de la course et le bonheur d’être à New York.

Il est difficile de se refreiner à New York. Trois jours entre l’envie de dévorer la ville et la raison qui me pousse à me reposer.

Plus les heures passent plus je suis impatiente. Même le fait de retirer mon dossard me met la pression. Comme si tout devenait réel avec ce dossard. Voir autant de personnes réunies pour la même chose permet de me sentir moins seule.

Cette dernière après midi je la passe au calme à la guest house. Après avoir repéré la ligne d’arrivée dans Central Park, une petite sieste me fait le plus grand bien.

Je vais me préparer tout doucement pour demain. Dîner et me coucher tôt.
Une petite ligne de ma légende personnelle s’écrit demain.

Dimanche 2 novembre 2014

C’est ce que j’appellerai l’une des journées les plus mémorables. Cette journée est passée si vite…

Une nuit relativement bonne, compte tenu de l’événement. Couchée à 21h, un premier réveil à 2h puis un second à 4h. 5h45 l’alarme de ma montre sonne, mais pas celle de mon téléphone. Je m’aperçois qu’une heure les sépare. Sur internet j’apprends que le changement d’heure aux US était cette nuit, il me reste une heure de sommeil supplémentaire.

Il est temps de se lever. Toutes mes affaires m’attendent au pied de mon lit. Je n’ai pas à réfléchir. Tout est minutieusement préparé.

6h05 je mets le nez dehors, direction le métro. L’organisation du marathon nous a averti par mail du froid et des fortes rafales de vent, malheureusement cela se confirme. Je n’aime pas le vent, cela me fait peur et je sais que sur le tablier supérieur du pont Verrazano le vent sera plus violent.

Chaque problème en son temps, j’attrape le métro pour Staten Island. Le train est bondé de runners. Toutes ces personnes sont comme moi. Cela fait des semaines que nous avons qu’une seule idée en tête : ce 2 novembre 2014.

Staten Island station, tout le monde descend. On se dirige vers l’embarcadère. 7h15 j’embarque à l’heure choisie des mois à l’avance. Photos, film, la traversée de 40 minutes se passe sans encombre. Le jour se lève sur New York, le vent souffle sans arrêt. L’appréhension se mêle à l’impatience d’être sur la ligne de départ. Arrivée à Staten Island je me réchauffe avec un grand café Latte, l’attente peut être longue.

Je me pose un peu avant de monter dans un des bus qui nous emmène au pied du pont Verrazano. Durant le trajet je pense à tout ce qui me pousse à faire tout ça. Mais pas le temps de s’épancher, nous arrivons déjà au village du départ.

Je rejoins le quartier orange attribué avec mon dossard. J’attrape 2/3 barres énergétiques en guise de petit déjeuner en plus de mon gâteau au chocolat protéiné. Le petit déj du marathonien. Je termine de m’habiller lorsque le premier coup de canon retentit. Toute la foule se met à crier et siffler. La première vague prend le départ, les premiers coureurs s’engagent sur le pont. Je fais partie de la troisième vague, il me reste 50 minutes avant mon départ.

A mon grand soulagement je ne grelotte pas de froid. Ma grosse polaire et mon sac poubelle font office de bon coup vent. Vient mon tour de rentrer dans le sas de la vague 3. Je suis impatiente de commencer. Le soleil pointe le bout de son nez. Deuxième coup de canon, le prochain est pour moi. Le temps de prendre place au pied du pont, d’abandonner mon manteau de fortune sur le bas côté puis le troisième coup de canon claque. J’entends Frank Sinatra accompagner les premiers coureurs, il me faudra 8 minutes avant de franchir la ligne de départ.

Moi qui appréhendais l’attente entre le ferry de 7h du matin et le départ de 10h30, tout est passé si vite que je me retrouve déjà sur le pont Verrazano à affronter le vent. L’excitation est bien présente. La vue sur Manhattan est magnifique. Caméra à la main, j’essaye de figer ce moment magique. J’en perds même mes gels protéinés sur la route. Il va me falloir que je me contente de 4 gels au lieu de 8 pour mes 42 prochains kilomètres. Ça commence mal mais pas la peine de paniquer, ça ne changera rien au problème. J’aviserai sur le parcours, il y en aura peut être au niveau des ravitaillements.

Entrée dans Brooklyn de l’autre côté du pont et les premiers cris de la foule retentissent, la course commence. Les dix premiers kilomètres sont un pur plaisir. Je régule au mieux ma vitesse pour tenir la distance. Je profite de la foule et je n’arrête pas de filmer ce qui m’entoure.

Midi, un premier petit coup de fièvre, je me sens toute bizarre. J’hésite à griller mon premier gel mais ils sont là pour ça.
15ème kilomètre, une petite envie, c’est pas du tout mon style et étant sur mon premier marathon je ne sais pas si les pipi room sont prévus sur le parcours. Par bonheur ils le sont, petit arrêt furtif, il me reste tout de même 3h de course si tout se passe bien.
Le 20ème kilomètre est en vu puis la mie course quelques miles plus loin. Je commence à sentir les 20 bornes dans les jambes. Je ne suis pas allée au delà durant les 12 semaines d’entrainement, j’arrive dans l’inconnu. Tout ce que je viens de faire est à refaire avec le physique en moins.

Deuxième gel grillé et ma pastille de sporténine sous la langue, j’attaque Queensboro Bridge. Je peine dans la montée du pont, mes lombaires commencent à tirer. La ceinture de contention n’y fait rien. Je passe les 25 kilomètres les dents serrées. Quelques exercices d’assouplissement me font du bien à la sortie du pont.
Puis j’attaque la remontée de la 1st Avenue. L’ambiance, suspendue lors de la traversée du pont,  reprend de plus belle. Groupe de rock, djembe, tous les newyorkais sont dans les rues.
Mon prochain but est le 30ème kilomètre dès que le faux plat se fait sentir, mon dos se rappelle à moi. La musique dans mes oreilles me motive et me pousse à continuer. Je ne vois pas ces 30 kilomètres, où sont-ils ? Je sais que je ne vais pas très vite, que je prends du retard sur mes 4H30 souhaités.
Enfin un ravitaillement  de gel. Je vais pouvoir finir ma course avec ce qu’il me faut comme sucre. Ça met du baume au cœur. Nous entrons enfin dans le Bronx, mon dos me fait atrocement souffrir. L’anti-inflammatoire n’y change rien. Je suis obligée de marcher pour soulager la douleur. Je déteste marcher, je ne suis pas venue pour ça. Je sais qu’au bout du Bronx c’est la cinquième Avenue et la dernière ligne droite.

Dernier virage, le soleil en plein visage, je sais que j’y suis. Cela me motive, je passe les 35 kilomètres. Je n’aurai jamais vu les 30. Plus que 7 kilomètres, c’est largement faisable, même avec la douleur.

Je n’ai pas arrêté de filmer. Un peu moins qu’au début mais l’envie est toujours là. Un point en ligne de mire, l’entrée de Central Park mais avant cela un dernier petit faux plat. On m’avait prévenu mais mon dos n’en peut plus.

Musée Guggenheim, l’entrée de Central Park la foule est encore plus dense. Je puise dans mes dernières réserves pour finir en courant.
40ème kilomètre les crampes me saisissent les jambes. La foule me porte mais entre les cuisses et les mollets durs comme du bois et le dos en compote ces deux derniers kilomètres sont très long.
Enfin le panneau des 26 miles arrive. Je profite au maximum de ces derniers instants et je passe cette ligne d’arrivée.

4h49 et 23 minutes de course.

Amazing race!

Amazing day !

48025 le film, cliquez-ici

PS: Pour celles et ceux qui se demandent comment je récupère ma polaire laissée au départ, sachez que tous les vêtements abandonnés au départ sont destinés aux sans abris New Yorkais. En échange une couverture de survie et un poncho en polaire bleu nous sont offerts après la ligne d’arrivée ;)